L'influence de la thérapie systémique sur le couple.
- scarla72
- 19 juil. 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 févr. 2025

« Que font-ils ensemble ? »
Jusqu’aux années 70 on ne parlait pas de thérapie de couple et on ne la pratiquait pas. La formation des thérapeutes était orientée sur l’intervention individuelle. Et à ses origines la thérapie familiale s’appliquait surtout dans le domaine psychiatrique, puisque les premiers essais ont surtout concerné la schizophrénie, pathologie qui a permis notamment de comprendre qu’il y avait des mères schizophrénogène en rapport avec leur interaction dysfonctionnelle envers leur enfant (on retrouve ici la notion de double contrainte de Bateson ou le résultat d’un long processus de doubles contraintes aboutissant à faire continuellement subir l’expérience de la négation de soi à un sujet, qui à force, le faisait s’enliser dans un processus schizophrénique).
Il existait dans les années 70, une certaine négation sociale des problèmes de couple, et bien souvent on se confiait au sage de la famille, un prêtre, pour avoir un soutien, se confesser ou obtenir une recette miracle à ses problèmes conjugaux.
Mais avec l’augmentation des divorces, la laïcisation progressive des coutumes, les mariages mixtes, l’émancipation des femmes, et les changements des codes de la famille ou « pactes officiels » (remariage, familles recomposées, mariages mixtes, mariage homosexuels, famille monoparentale) c’est toute une société qui a changé et qui a engendré des bouleversements au sein de la famille et de son fonctionnement.
C’est ainsi que les couples en « crise » commencèrent à s’adresser à des thérapeutes de couple qui venaient d’une formation systémique ou psychanalytique.
Tout au long de cette année d’étude, après avoir lu différents ouvrages dans le domaine de la systémique, en regroupant diverses études et courants, j’en déduis et ce n’est que mon ressenti personnel, et surement la voie dans laquelle je m’engagerais lors de mes consultations, qu’on ne peut pas envisager la thérapie de couple sans comprendre son histoire (le vécu de chaque partenaire avant et pendant la relation), son développement, ses interactions entre eux et avec leur famille d’origine, et leurs aspirations futures, de même que nous ne pouvons pas occulter l’environnement social, culturel, religieux et professionnel de chaque individu ou du couple en thérapie. Je pense notamment aux cartes réseaux intra et extra familiales (cf. Applications en thérapie Familiale systémique K et T Albernhe) qui sont très intéressantes pour évaluer la place du patient dans son environnement et les interactions qu’il a avec son milieu, elles permettent de se rendre compte visuellement de la richesse des interrelations à plusieurs moments de la vie dans plusieurs contextes différents. Dans la même optique le génogramme sera un outil précieux dans la connaissance par le thérapeute de la famille ou du couple qui se présente et fera certainement ressortir des émotions aux patients, aux couples face à l’histoire familiale de son conjoint, fort intéressantes à analyser. Cela permet également un rapprochement des deux partenaires sur le chemin d’une meilleure alliance dans la thérapie.
« La thérapie de couple n’existe pas » Mara Selvini et Jay Haley en 1978 au congrès de Florence, ils soulignaient que le couple est seulement un sous-système de la famille, qui doit affronter ses problématiques dans un cadre familial. C’est ainsi que la dimension intergénérationnelle a émergé avec Andolfi dès les années 80/90.
Rappelons les principes fondamentaux de l’approche systémique en thérapie qui servira de socle à toute orientation systématique, chaque thérapeute y ajoutera ses sensibilités et approches et outils en consultation :
- La totalité du système, le système est un tout, la famille est un système ou chaque membre est en interaction.
- La non sommativité des éléments du système (un plus un en thérapie font bien plus que deux)
- Equifinalité : les relations sont circulaires au sein du système constituées de boucles complexes de rétrocontrôle (feed backs) il n’y a donc pas une simple logique de cause à effet
- Homéostasie, les membres trouvent une solution pour garder l’équilibre et la stabilité à l’intérieur du système, c’est aussi une forme de résistance aux changements, et la source du dysfonctionnement quand les patients viennent consulter.
Enfin le thème cher aux systémiciens est que la contextualité donne un sens et une fonction aux évènements.
Ces fondamentaux sont des principes de base pour comprendre les interactions entre les membres d’un système, découvrir que la solution est le problème, cette solution se répète, en boucle circulaire et ce fonctionnement homéostatique fait émerger le symptôme sur un ou plusieurs membres du système appelé le ou les patients désignés.
Cette approche est à mon sens un outil de choix pour analyser lors du premier entretien quelle est la nature des interactions entre les membres, et cibler le symptôme.
L'analyse que je propose consiste à évaluer le contexte de chaque interaction, et en récoltant un maximum d’information sur tout ce qui gravite autour de mes patients : milieu social (cher à Minuchin), famille d’origine et mythes familiaux (Andolfi et Neuburger ) sur leur travail et investissement professionnel, et surtout en ce qui concerne le couple comment se sont-ils rencontrés ou pourquoi ? se servir du passé pour comprendre comment il est intégré dans l’ici et le maintenant et tenter d’ouvrir avec mes patients une porte sur leur avenir commun ou pas.
Je finirais sur la résonnance, qu’on peut rapprocher du transfert en psychanalyse, cette résonnance magistralement exposée et développée par Mony Elkaim.
Dans cette perspective le concept de résonnance permet de transformer nos émotions en outils précieux pour mieux cerner le vécu de nos patients et favoriser le processus thérapeutique. C’est un concept systémique et circulaire qui insiste sur la fonction du vécu d’une personne pour les membres du système humain auquel il appartient.
Rappelons dans le même concept qu’il est important (toujours selon Mony Elkaim) de considérer dans une séance, que le thérapeute fait partie intégrante du système observé et peut se considérer comme extérieur à lui. Le rôle de nos émotions, nous thérapeutes, prend une dimension nouvelle, elle nous renseigne sur la construction du monde des personnes que l’on accompagne.
Je suis convaincue que nos expériences, nos ressentis, notre sensibilité, nous permettrons d’accueillir et de composer avec tout ce que nous apportent nos patients. Qu’est-ce que ces offrandes réveillent en nous ? que ressentons nous ? leur histoire a-t-elle un écho en nous ? en écoutant avec bienveillance, et empathie, en observant la relation entre nous et le patient (auto observation) nous pourrons orienter l’entretien car tout ce qui sera dit et échangé sera la matière première de cette co-construction thérapeutique ; pour nous permettre de comprendre notre patient, de le guider et lui permettre de trouver et utiliser ses compétences et sa solution au problème.
Laetitia Defranchi.



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