L'infidélité dans le couple
- scarla72
- il y a 7 jours
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Sortir d’une situation bloquée après une crise d’infidélité.
Dans ma pratique, je rencontre souvent des couples qui arrivent en consultation après une infidélité. Ce moment est vécu comme un véritable séisme relationnel : il bouscule les repères, fragilise la confiance et réactive parfois des blessures plus anciennes. Il est pourtant possible de traverser cette crise, à condition de prendre le temps de comprendre ce qui se joue pour chacun et dans la dynamique du couple.
Comprendre la crise : un choc émotionnel et relationnel
L’infidélité n’est jamais un événement isolé. Elle s’inscrit dans une histoire, dans un contexte, dans un système relationnel. Elle provoque souvent un mélange d’émotions intenses : colère, tristesse, honte, culpabilité, incompréhension. En thérapie, j’invite chacun à reconnaître ces ressentis sans les minimiser ni les dramatiser. Ce premier pas permet d’apaiser la tension et d’ouvrir un espace où la parole peut circuler.
Pourquoi les couples se retrouvent-ils bloqués ?
Après la révélation, beaucoup de couples tournent en rond autour des mêmes questions :
la recherche de détails qui ne rassurent jamais vraiment
la peur de revivre la blessure
la difficulté à exprimer la souffrance sans accuser
la confusion entre pardonner, oublier ou “passer à autre chose”
Ces blocages ne sont pas des signes d’échec. Ils montrent simplement que le couple tente de retrouver un équilibre, mais qu’il manque encore les outils pour y parvenir.
Les étapes pour sortir de l’impasse
1. Mettre des mots sur ce qui s’est passé
Il est essentiel que chacun puisse exprimer son vécu, ses émotions, ses interrogations. Dire n’est pas accuser. Écouter n’est pas cautionner. Cette mise en mots permet de sortir du non-dit et de la rumination.
2. Comprendre le contexte relationnel
L’infidélité est souvent le symptôme d’un système en tension. Explorer les dynamiques du couple, les attentes, les frustrations, les répétitions familiales ou personnelles permet de redonner du sens à ce qui s’est produit — sans chercher un coupable.
3. Apprendre à réguler les émotions
La crise réactive des réactions parfois disproportionnées. Travailler sur la régulation émotionnelle aide à retrouver un espace de dialogue plus serein :
instaurer des temps de pause
différencier l’émotion du comportement
apprendre à dire sans blesser
4. Redéfinir le contrat relationnel
Après une infidélité, le couple ne peut pas revenir “comme avant”. Il s’agit plutôt de redéfinir ce que chacun attend de la relation aujourd’hui : les besoins, les limites, les engagements réalistes.
5. Reconstruire la confiance
La confiance se reconstruit par petites touches, au fil du temps. Elle demande de la cohérence, de la transparence (temporaire), et un engagement sincère. Ce processus n’est ni linéaire ni rapide, mais il est possible.
Comment parler de la crise aux enfants ?
Lorsque des enfants sont présents, les parents se demandent souvent s’il faut leur dire quelque chose — et comment le dire. Les enfants perçoivent très vite les tensions, même lorsqu’on tente de les protéger. L’objectif n’est pas de tout leur raconter, mais de leur offrir un cadre sécurisant.
Quelques repères utiles :
Dire la vérité sans entrer dans les détails : “Nous traversons une période difficile, mais nous faisons ce qu’il faut pour que ça aille mieux.”
Rassurer sur ce qui les concerne directement : leur place, leur sécurité, la continuité du lien avec chacun des parents.
Éviter de désigner un “responsable” : les enfants n’ont pas à porter la charge morale de la situation.
Rester cohérent dans les actes : les enfants se fient davantage à ce qu’ils observent qu’à ce qu’ils entendent.
Parler de la crise avec simplicité et sobriété permet d’éviter que les enfants ne construisent leurs propres scénarios, souvent plus anxiogènes que la réalité.
Les erreurs à éviter
Dans ces moments de grande vulnérabilité, certaines attitudes peuvent involontairement aggraver la situation :
Chercher à régler la crise dans l’urgence : la précipitation empêche la compréhension.
Utiliser les enfants comme confidents ou alliés : cela les place dans un conflit de loyauté.
Surveiller, contrôler, fouiller : cela nourrit l’angoisse et empêche la reconstruction.
Minimiser la souffrance de l’autre : chaque personne vit la crise à son rythme.
Vouloir “oublier” trop vite : la réparation demande du temps et de la patience.
Un chemin possible
Sortir d’une crise d’infidélité demande du courage, de la lucidité et un engagement mutuel. Beaucoup de couples parviennent à transformer cette épreuve en une occasion de se redécouvrir, de se parler autrement, de se choisir à nouveau. Ce n’est pas la crise qui détermine l’avenir du couple, mais la manière dont elle est traversée.
Chacun porte ses propres valises, croyances et valeurs, et il n'est pas question de les juger. Si les conjoints décident de traverser cette crise, ils doivent être prêts à redéfinir un pacte et s'engager dans un nouvelle co-construction de leur couple.
Laetitia Defranchi. Accueil



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